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Marco Bastmeijer à propos de la « patte » de Willem Wernsen

Marco Bastmeijer, décembre 2010
Marco Bastmeijer – membre de Delta F – à propos de l’approche de son ami et collègue-photographe.

Willem Wernsen, humain parmi les humains
Beaucoup de gens font des photos pour immortaliser des souvenirs ; des endroits où ils se sont rendus, des événements qu’ils ont vécus ou ils prennent en photo des membres de leur famille, pour plus tard.
Peut-être que pour Willem Wernsen, cela a commencé de la même manière, mais pour lui la photographie représente beaucoup plus. Sa photographie signifie communiquer, il s’agit pour lui par-dessus tout du contact avec son semblable.
Aussi bien lors de la prise de la photo que lors de leur exposition, il y a une interaction constante entre lui et ceux qui l’entourent.

Willem est un chasseur : à la recherche d’images et de gens pour prendre en photo.
Il est épatant de voir que quand on est dans la rue ou sur une terrasse de café, il peut, au milieu d’une conversation, tout d’un coup, prendre son appareil et prendre une photo. Ce moment est quasiment toujours précédé d’un bref contact visuel avec la personne photographiée. Un petit geste de la tête, un coup d’œil en direction de l’appareil photo pour que l’autre se rende compte de ce qui l’attend et ensuite il appuie sur le déclencheur.
Tout cela, en à peine quelques secondes. Je dois reconnaître que je sous-estime souvent ce qui vien de se passer. Ma surprise et mon admiration ne viennent que plus tard, quand je vois l’image, réalisée dans un noir et blanc éblouissant.

Sa chasse n’est pas agressive. Malgré son physique impressionnant, Willem se déplace de façon tout à fait naturelle parmi les gens. Sa force réside dans sa capacité à mettre à l’aise les gens par son attitude, avant de faire la photo. J’ai vu Willem au travail en Chine, où il dépassait de deux têtes les gens mais réussissait quand même à passer presqu’inaperçu pour faire son travail.

Il est passionnant de voir comment se passe ce rituel.
Quand Willem aperçoit son sujet, il s’approche très lentement de son but. Il met soigneusement sa canne contre un petit mur et se met en relation avec l’autre en faisant un petit geste de la tête ou en mettant la main sur le cœur. Les gens l’ont déjà vu s’approcher et ont pu le regarder tranquillement.
Ensuite, il salue ces gens avec un « bonjour » bref mais amical, et il regarde par-dessus le viseur de son appareil photo, et annonce en anglais ou en néerlandais qu’il souhaiterait prendre une photo et montre avec un geste de la main qu’il aimerait les avoir dessus. L’autre lui répond quasiment toujours favorablement.
Willem se prépare, il n’y a presque pas de mise en scène et il prend la photo. Parfois, il en fait une deuxième et puis, il a fini. Willem remercie, parfois il montre le résultat ou il a une brève conversation et ensuite il va retrouver son siège ou il poursuit sa route à la recherche d’une nouvelle image.

Ainsi, on a beaucoup voyagé ensemble, mais peu importe où l’on se rend. Willem est capable de faire ses images aussi bien dans sa ville d’Amersfoort qu’à Istanbul ou à New York.
Si l’on allait se balader cinq jours avec Willem, on s’étonnerait de la quantité d’images qu’il peut tirer de la vie quotidienne. Des images qui montrent l’être humain et son habitat, mais qui également rayonnent chacune de cette lumière propre à l’œuvre de Wernsen.
A chaque fois, je suis surpris de voir à quel point, ce photographe doute de son propre travail. Là encore, il a besoin de l’interaction avec son semblable, il ne peut pas s’en passer.

Je suis fier de pouvoir, avec d’autres, donner mon opinion à propos de son œuvre. A coté de ses autres nombreux amis du monde de la photo, Delta F forme un groupe quand même un peu à part. Cinq amis, qui sont tellement différents les uns des autres, mais qui ont une chose en commun : une passion indescriptible pour la photo. John Seegers, Frank Detrixhe, Ben Ros, Willem Wernsen et moi-même, on se réunit déjà depuis plus de vingt ans, une fois par mois, pour se soumettre de façon critique notre travail photographique.
Ça se passe d’une façon franche et honnête. Ainsi, on reste motivés à toujours améliorer nos images. On en est pleinement conscients : nos meilleures photos restent à faire !

Avec la publication de Timeless, un superbe livre de photo enrichit notre collection. Un livre susceptible de nous donner de l’inspiration quand on va faire nos prochaines photos. Willem, merci.
Au nom de tes amis de Delta F.